François-René de CHATEAUBRIAND. 1768-1848. Ecrivain, homme politique.


Correspondance à la duchesse de Duras à propos de sa tragédie, Moïse, et évoquant Fontanes.
"Vous avez reçu, chère sœur, une lettre de moi qui vous a prouvé que je ne vous oubliais pas. Est-ce que cela est possible ? Mais j’ai un nouveau chagrin. Ce n’est pas assez de mes persécutions ordinaires, en voici une toute inattendue. Je suis arraché à ma retraite, devinez pourquoi ? pour être juré à Paris. Pas moyen d’échapper. 500 livres d’amende et la prison en cas de refus, ou d’excuses jugées mauvaises. Ainsi au lieu de faire mourir mon Arzane, il faut que j’aille condamner quelques malheureux du Palais royal à la Salpètrière ; c’est certainement un tour de mes amis. C’est le deux janvier que commence la session. Elle dure trois semaines. J’étais si bien disposé au travail ! Font[anes] m’avait déclaré que mes vers étaient pour le moins aussi beaux que ma prose. Je voulais vous montrer les cinq [actes] entiers à votre arrivée à Paris, parce que vous viendrez, n’est-ce pas ? (…). Je n’aurai que trois actes encore le troisième n’aura pas reçu la dernière main. Vous aurez beau chercher, vous ne trouverez pas mon sujet dans la Bible ; il s’agit pourtant de Moyse. Vous demandez quatre vers ? en voici trois. Mon jeune Juif répond à ma Diablesse qui veut l’entraîner aux plus grands sacrifices, en ayant l’air de douter de son amour :
Laisse-moi conserver cet honneur qui m’anime ;
Connoître mes devoirs sans te manquer de foi,
Appercevoir l’abyme, et m’y jetter pour toi !
Vous voyez qu’il aime assez. Je quitterai La Vallée d’aujourd’hui en huit. Je crois que nous aurons un logement du côté de la place Louis XV (…)." Il demande de lui envoyer sa correspondance rue des St-Père Hôtel de La Valette, etc.

Cf. Correspondance générale, II-543.

Lettre aut. à la duchesse de Duras. (La Vallée aux Loups), samedi 20 décembre (1811). 4 pp. bi-feuillet in-8.

Prix de vente : 1 000 €.

S'inscrire à nos newsletters